Usure dentaire chez l’adulte : abrasion, attrition, érosion et stratégies de prévention
Introduction
L’usure dentaire est un phénomène fréquent chez l’adulte, souvent sous-estimé car elle évolue lentement et de manière progressive. Contrairement à la carie, qui résulte d’un processus infectieux, l’usure dentaire correspond à une perte de substance dentaire d’origine non carieuse. Elle peut toucher l’émail, puis la dentine, et altérer à terme la fonction, l’esthétique et le confort du patient.
En pratique clinique, l’usure dentaire est rarement liée à un seul facteur. Elle résulte le plus souvent de l’association de plusieurs mécanismes mécaniques et chimiques. Les trois principaux types d’usure sont l’abrasion, l’attrition et l’érosion. Leur identification précise permet d’adapter la prévention et le suivi afin de limiter l’évolution des lésions.

Comprendre le processus d’usure dentaire
Les tissus dentaires sont conçus pour résister aux contraintes de la mastication. Toutefois, certaines sollicitations répétées ou excessives dépassent les capacités d’adaptation naturelles de l’émail et de la dentine. Lorsque les mécanismes de compensation ne suffisent plus, une perte progressive de substance apparaît.
L’usure dentaire est un phénomène cumulatif. Une fois la structure dentaire perdue, elle ne se régénère pas spontanément. C’est pourquoi le dépistage précoce et la prévention jouent un rôle central dans la prise en charge.
L’abrasion dentaire : une usure d’origine mécanique externe
L’abrasion correspond à une perte de substance dentaire provoquée par des actions mécaniques répétées, généralement liées à des habitudes ou à des gestes inadaptés. Elle touche principalement les zones cervicales des dents, au niveau du collet.
Les causes les plus fréquentes incluent un brossage trop énergique, l’utilisation de brosses à dents à poils durs ou de dentifrices trop abrasifs. Certains gestes parafonctionnels, comme l’utilisation des dents pour ouvrir des objets ou maintenir des éléments, peuvent également contribuer à ce type d’usure.
Cliniquement, l’abrasion se manifeste par des lésions en forme de sillons ou de cuvettes, souvent associées à une sensibilité dentaire. Cette sensibilité est liée à l’exposition progressive de la dentine.
L’attrition : conséquence des contacts dentaires excessifs
L’attrition correspond à l’usure résultant du frottement direct des dents entre elles. Elle est principalement observée sur les faces occlusales des molaires et prémolaires, ainsi que sur les bords incisifs des dents antérieures.
Ce type d’usure est fréquemment associé à des troubles de l’occlusion ou à des parafonctions telles que le bruxisme. Le serrement ou le grincement répété des dents entraîne une sollicitation excessive des surfaces dentaires, accélérant leur usure.
Avec le temps, l’attrition peut modifier la morphologie des dents, réduire leur hauteur et perturber l’équilibre occlusal. Ces modifications peuvent à leur tour accentuer les contraintes mécaniques, créant un cercle évolutif défavorable.
L’érosion dentaire : un phénomène chimique
L’érosion dentaire est une usure d’origine chimique, provoquée par l’exposition répétée des dents à des substances acides. Contrairement à la carie, ce processus ne fait pas intervenir de bactéries.
Les sources d’acidité peuvent être alimentaires, comme la consommation régulière de boissons acides ou d’aliments riches en acides, ou d’origine intrinsèque, notamment en cas de reflux gastro-œsophagien. L’acide attaque la surface de l’émail, le ramollit et le rend plus vulnérable aux forces mécaniques.
Cliniquement, l’érosion se traduit par une surface dentaire lisse et brillante, avec un amincissement progressif de l’émail. Lorsque la dentine est exposée, la sensibilité devient plus marquée.
Interaction entre les différents types d’usure
Dans la majorité des cas, l’usure dentaire chez l’adulte est multifactorielle. L’érosion chimique fragilise l’émail, rendant les dents plus sensibles à l’abrasion et à l’attrition. De même, des contacts dentaires excessifs peuvent accélérer la perte de substance déjà altérée par des attaques acides.
Cette interaction explique pourquoi certaines usures évoluent rapidement et deviennent cliniquement significatives en quelques années seulement. L’analyse globale des facteurs de risque est donc indispensable.
Conséquences fonctionnelles et esthétiques
L’usure dentaire peut avoir des répercussions importantes sur la fonction masticatoire. La diminution de la hauteur des dents modifie les contacts occlusaux et peut entraîner des douleurs musculaires ou articulaires.
Sur le plan esthétique, l’usure des dents antérieures peut altérer l’apparence du sourire. Les dents peuvent sembler plus courtes, plus ternes ou présenter des zones jaunâtres liées à l’exposition de la dentine.
La sensibilité dentaire est une plainte fréquente, notamment lors de la consommation d’aliments chauds, froids ou acides.
Rôle du chirurgien-dentiste dans le dépistage
Le dépistage de l’usure dentaire repose sur un examen clinique attentif et sur la comparaison de l’évolution dans le temps. Le chirurgien-dentiste évalue la localisation, la forme et la profondeur des lésions afin d’identifier le ou les mécanismes en cause.
Un suivi régulier permet de surveiller l’évolution et d’adapter les recommandations préventives avant l’apparition de complications plus sévères.
Stratégies de prévention de l’usure dentaire
La prévention repose avant tout sur la réduction des facteurs de risque. L’adaptation des techniques de brossage, le choix de matériels non abrasifs et la limitation des habitudes délétères sont des mesures essentielles.
La gestion des facteurs occlusaux et des parafonctions contribue également à limiter l’attrition. En cas d’érosion, la modification des habitudes alimentaires et la prise en charge des causes médicales associées sont prioritaires.
L’objectif principal est de ralentir l’évolution de l’usure et de préserver les tissus dentaires existants.
Conclusion
L’usure dentaire chez l’adulte est un phénomène fréquent et multifactoriel, associant abrasion, attrition et érosion. Bien qu’elle évolue lentement, ses conséquences peuvent devenir significatives si elle n’est pas identifiée précocement.
Une approche préventive, fondée sur le dépistage, l’analyse des facteurs de risque et le suivi régulier, permet de préserver durablement la fonction et l’esthétique dentaires. La prévention demeure le pilier central de la prise en charge de l’usure dentaire.

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